Vendredi 14 décembre 2007

 

Tu n’es pas mon frère. Tu n’es pas mon père. Mais tu es mon ami. C’est à ce titre que je t’écris.

Voilà.

Je ne sais plus mettre un pied devant l’autre. Je fume maintenant trois paquets de cigarettes par jour. Mes poumons sont bouchés. J’ai consulté un pneumologue. Ma capacité respiratoire est réduite à trente pour cent.  Demain, je rentre en clinique.

Le pneumologue introduira une caméra dans mon appareil respiratoire et il regardera à la télé les paysages.

Deux solutions sont envisageables.

-                    Je n’ai pas de cancer. Je stopperai net l’usage du tabac. Car, dans ce cas, j’ai décidé de vivre. De vivre sans cette addiction. De récupérer ma liberté. Car je suis  prisonnier de la nicotine. De me marier peut-être ? D'avoir des enfants, beaux et doux comme les tiens, comme ma jolie filleule Emma !

-                    J’ai un cancer. Je continuerai à fumer mes saloperies de clopes. Car j’ai décidé de mourir, tranquillement. Pas de souffrances inutiles. Pas d’acharnement thérapeutique qui ne reportera l’échéance que de quelques mois.

C’est au titre d’ami que je t’écris. Tu ressentiras le même chagrin que mon frère. Tu seras aussi triste que mon père. Eux, cependant ignorent ma démarche. Ils l’apprendront  par tes soins, si je continue à cloper quelques temps encore.

Toi, je connais ta force devant l’adversité. Tu as malheureusement eu l’occasion déjà de faire tes preuves. Je sais que tu seras à la hauteur.

-                    Si  je n’ai pas de cancer, tu constateras que je ne fume plus. Ne me pose pas de questions superflues. Tu détruiras cette lettre et nous n’en parlerons plus.

-                    Si j’ai un cancer, tu verras que je continue à fumer. Ne me pose, là non plus, aucune question.

Mais sache que je compte beaucoup sur toi. Ma mort interviendra rapidement.  J’ai horreur et j’ai peur de la souffrance. Physique ou morale d’ailleurs. Je ne suis pas un courageux, comme tu peux l’être. « Chique molle ! » Combien de fois m’as-tu mis en boîte avec  cette moquerie ? Mis en boîte. Eh bien, tu m’y mettras une dernière fois, si c'est inéluctable !

Dans l’enveloppe ci-jointe, tu trouveras mes dernières volontés. Tu ne l’ouvriras que si je fume toujours dans quarante-huit heures. Dans l’autre cas, tu la brûleras, en pensant qu’heureusement, il n’y a qu’elle qui part en fumée.

Je ne doute pas un seul instant que tu rempliras ta mission au quart de poil,au nom  de cette amitié sans faille que nous partageons depuis que tu m'as volé ma fiancée. Je te remercie par avance et te prie d’agréer, mon cher ami, l’expression de ma profonde gratitude.

 

NB : Bonsoir à Corinne et aux enfants !  Mais motus et bouche cousue, hein !
Ah, j'oubliais : j’aurai trente ans après-demain. Jour de la dernière fumée ou des fumées éternelles !

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